The death of french culture ?

C'est le titre de la couv' du Time Magazine du 3 décembre, sauf que pour le Time il s'agit d'une affirmation, non d'une interrogation. Toute la culture française (cinema, musique, littérature, art) en prend un coup. "Once admired for the dominating excellence of its writers, artists and musicians, France today is a wilting power in the global cultural marketplace." Ca met dans l'ambiance.



Pourquoi s'acharner sur la France? Parce que pendant des années, enfin plutôt des siècles, notre pays était le centre culturel du monde.

Oui la culture a une place importante, oui la France est un pays de culture (patrimoine historique, musées...), oui nous sommes capables de citer plein d'écrivains et de chanteurs français. La culture française est bien vivante, mais a beaucoup de mal à s'exporter. Au-delà de nos frontières qui s'y intéresse? Qui se réclame d'un courant ou d'une influence française? Depuis Sartre ou Gainsbourg, y a t'il des français connus à l'étranger? (Pour l'auteur - Don Morrison - il n'y a que Johnny Hallyday ! ça commence mal)

Est-ce que c'est nous qui nous sommes arrêté à Molière, Balzac ou Truffaut, ou est-ce que se sont les américains?

Ce qui surprend beaucoup l'auteur, c'est l'importance, en France, des subventions accordées à la culture (bien plus qu'en Allemagne, en GB ou aux USA) pour un rayonnement quasi nul dans le monde. (C'est le problème de la France : peut-être que si on arrêtait de tout subventionner, les artistes, au lieu d'attendre les financements, auraient plus de temps pour être créatifs, et seraient plus indépendants pour être plus originaux.) Bref...

Après avoir énoncé toutes les anciennes gloires françaises, pour Morrison, l'avenir de la culture française passera par la valorisation de son métissage "France has become a multiethnic bazaar of art, music and writing from the banlieues and disparate corners of the nonwhite world." et en particulier par le rap (!?!) "Hip-hop artists like Senegal-born MC Solaar, Cyprus-born Diam's and Abd al Malik, a son of Congolese immigrants, have taken the verlan of the streets and turned it into a sharper, more poetic version of American rap.". Ca promet ! N'empêche que voilà où nous en sommes, et à quoi nous sommes réduits aujourd'hui...

Ca ne serait pas simplement le reflet des sociétés actuelles, c'est à dire complètement repliées sur elles-mêmes ? Peut-être que si les américains s'ouvraient un peu plus au Monde, ils trouveraient des choses intéressantes dans notre culture (pitié, autre chose que Diam's !!!). Je suis sûre que nous connaissons et apprécions des artistes US méconnus - ou très "underground" - pour la majorité des américains, juste parce que nous sommes plus curieux.

Mais bon, finalement Morrison ne se base que sur des arguments quantitatifs et non qualitatifs (assez typique chez les américains). Après, chacun juge la culture comme il l'entend. Comme le souligne Edouard Launet dans Libération "et la culture américaine vue depuis Paris ? Brad Pitt, successeur d’Humphrey Bogart ? Madonna, héritière de Billie Holiday ?". Quantité...qualité...

L'exception culturelle française est, justement, dans le refus de faire de la culture un bien de consommation comme un autre.

En tout cas, cet article aura eu le mérite de faire réagir la France. Tout le monde y va de son commentaire, comme l'écrivain Maurice Druon dans Le Figaro : «Inculte Amérique! Allais-je m’écrier. Mais non. Les Etats-Unis comptent maints chercheurs, érudits, penseurs, créateurs qui sont du plus haut niveau. Seulement, ils n’écrivent pas dans le Time.» Et hop! boulé Morrison (bon OK c'est facile, Druon est quand même très vieux, il a connu les Sartre, Malraux et compagnie, donc forcément pour lui tout ça c'est pas si loin).

Si ce n'est pas déjà fait, je vous conseille d'aller lire l'article dans son intégralité (ici), pour vous faire votre propre idée.

Non la culture française n'est pas morte, mais endormie.

(illustration Jonathan Burton pour Time Magazine)

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